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Entretien avec Jean-Christophe Helary Entretien avec Jean-Christophe Helary

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Submitted by LE BAYON Simon. on 26-02-2008 15:00. AsieDiaspora Knowledge NetworksInterviewsNBIC
KK doublet, traduction département de Kagawa, Japon


  • Bonjour jean-Christophe, pouvez-vous nous présenter votre parcours et votre activité  ?


J'ai 39 ans, marié et père de 3 enfants. Comme beaucoup d'étudiants, ne sachant pas trop quoi faire à la sortie d'une série scientifique je suis entré à l'université Paris 7, pour faire des maths. (j'étais aussi intéressé par l'informatique) . A Jussieu j'ai découvert, un peu par hasard, le kendo et le département d'études orientales. Progressivement, j'ai arrêté les mathématiques pour me mettre au Japonais. photo jc hellary


Je suis parti plusieurs mois au Japon pendant les vacances d'été afin d'y pratiquer le kendo. Ca a été un choc de découvrir l'environnement très conservateur et les relations très dures au sein des dojos universitaires. Cela a quelque peu remis en question mes convictions, mais j'ai eu la chance d'avoir de très bons professeurs qui m'ont permis de comprendre que la langue japonaise portait en elle bien plus que le quotidien des journaux : la poésie, la philosophie, et bien sûr ses mécanismes propres auxquels la linguistique nous donne accès.

A l'époque, je travaillais dans une librairie arabe près de l'université. C'est là que j'ai réalisé que le besoin en japonais existait aussi hors du Japon. Mon projet professionnel fut alors de
partir au Japon dans le but exclusif d'y atteindre un niveau suffisant en langue puis de partir au proche orient pour y apprendre l'arabe, et utiliser ces deux langues avec le français et l'anglais pour servir d'interprète. Bien sûr ça ne c'est pas du tout déroulé comme ça !

En milieu de Maîtrise, j'ai trouvé un poste au Japon dans le cadre du programme gouvernemental Japan Exchange and Teachning (JET), qui recrute des étrangers actifs dans le milieu interculturels où j'exerçais déjà en tant que bénévole à Paris .Ce poste m'a occupé pendant 3 ans dans la région que j'avais visité auparavant, le département de Kagawa. En tant qu'employé du gouvernement local. j'étais chargé de la coordination des activités relatives à la France. Mon activité recouvrait aussi bien les visites de centres communautaires pour présenter notre pays que l'organisation de rencontres au niveau local pour diplomates tokyoïtes venu du monde entier dans le but de lancer des projets d'échange économiques ou culturels.

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A la fin de mon contrat, j'ai décidé de reprendre les études pour approfondir ma connaissance de la langue. Je me suis inscrit en droit constitutionnel à l'université de Kagawa. C'est à cette époque que j'ai rencontré ma femme qui était, elle, traductrice technique dans une des rares entreprises travaillant ici à l'international. Au début des années 2000, nous nous lancions comme indépendants, pour le meilleur et pour le pire.

Peu de temps après, j'ai eu la chance de travailler avec le Jetro. Le Jetro a pour mission  d'exporter le Japon, c'est une agence gouvernementale spécialisée dans le commerce extérieur. Le projet dont je suis devenu le coordinateur avait pris forme à la suite de rencontres qui avaient eu lieu pendant mon contrat avec le gouvernement local.

Il s'agissait de faire bénéficier des fabricants de meubles de Kagawa de l'expérience en design de la région Rhône-Alpes. Le projet a pris très vite et ma mission était d'assurer la communication quotidienne entre les multiples parties ainsi que d'assurer une activité de conseil quand le besoin s'en faisait sentir.

Les produits créés dans ce cadre, une série de meubles sur le thème de l'espace de base de l'habitat japonais : une pièce de 6 tatamis (6 jo,le nom de la marque), rencontrèrent un grand succès sur les salons parisiens. Mais les industriels japonais ne sachant comment aller plus loin et manquant de financements hésitèrent à poursuivre l'expérience et décidèrent de ne pas lancer la production.

La marque existe encore aujourd'hui mais s'est repliée sur le marché japonais avec un succès relatif et des produits bien plus typés et moins capables de porter l'étiquette "design international".



  •   L'an dernier, avec ma femme, nous avons monté notre première société. Nous l'avons nommée K.K. DOUBLET. "K.K." est l'équivalent de S.A. Même si "doublet" est un mot de la langue française, il s'agissait pour nous de combiner le fait que nous étions deux adultes (double), (t)rois enfants et que nous (t)raduisions. La société propose des services essentiellement dans les domaines de la traduction (texte, présentation...) et de la localisation (sites internet, interface de logiciels...). Dans un avenir proche elle proposera des services d'automatisation des tâches liées à ces activités (création de logiciels , gestion des données etc.).


  • Parallèlement, les limitations relatives imposées par mon environnement de travail (un Mac) et mon intérêt non démenti pour l'informatique m'ont fait découvrir le monde des logiciels en source libre à travers un projet de logiciel d'aide à la traduction : OmegaT. D'abord utilisateur, j'ai vite rejoint l'équipe de développement d'Omegat. De fil en aiguille, je suis passé responsable de l'aide aux utilisateur, puis responsable de la documentation et coordinateur des localisations vers le français et le japonais. Avant la naissance de notre troisième enfant j'en assurait la promotion au Japon. Depuis que notre entreprise a été créée j'ai abandonné ma participation à titre individuel et je compte la reprendre dans le cadre de notre activité.
    Aujourd'hui, dans le cadre de notre activité, je fournis la version Mac au projet et j'envisage de financer la localisation vers certaines langues telles que l'arabe.
  • Dans le même esprit, je fais aussi parti de l'équipe de traduction du projet OpenOffice.org (la suite bureautique libre).  Là aussi, j'essaye de mettre à contribution mes connaissances et mon expérience dans ce domaine spécialisé qu'est la traduction. L'investissement dans ces communautés de logiciels libres est une façon pour moi de remercier les développeurs qui réalisent les outils qui me servent au quotidien. C'est un échange de bon procédés en quelque sorte.




  • Quels sont vos projets à courts & moyens termes ?
J'aimerais participer au développement d'activités dans le département de Kagawa. La relation au monde en milieu rural est très différente de celle que l'on trouve dans les mégapôles. J'aimerais donc que DOUBLET devienne une "coopérative de travailleurs intelligents", intéressés par leur travail et souhaitant rester ici, hors des grandes agglomérations.


Le constat est assez simple, il y a au Japon une importante crise de natalité et la population vieillit. Outre le fait que les conditions pour avoir des enfants sont difficiles (coût, éducation...) le taux de natalité est plus faible en agglomération (0,9 enfant par femme) qu'en zones rurales, comme ici à Kagawa où il est autour de 1,2. Le problème est que ces enfants partirons pour Osaka ou Tokyo après leurs études. Parce que le tissu local ne leur propose rien.


Je souhaite que la communauté soit en mesure d'accueillir les talents qui sont nés ici. Nous devons réfléchir au marché de l'emploi et à la façon d'utiliser les nouvelles technologies pour rendre  attractif le marché de l'emploi local. Il faut savoir que la quasi totalité du Japon est équipée en fibre optique au coût d'accès très réduit (équivalent aux tarifs parisiens même en pleine campagne). Les technologies de l'information ne sont pas une panacée pour toutes les activités, mais elles peuvent contribuer au développement local par le travail à distance. Aujourd'hui, mis à part une société de développement de sites internet en très forte croissance, il semble y avoir assez peu de PMEs qui exploitent les infrastructures disponibles.


A moyens termes, j'aimerais contribuer, en utilisant les services de la Chambre de Commerce locale, à montrer comment les technologies peuvent être un vecteur d'émancipation. Je souhaite aider les PMEs locales à se développer, aider des personnes pour qu'elles arrivent à gérer, localement leur activité.


  • Connaissez-vous des entreprises qui pourraient être intéressées pour investir en Bretagne ?

En ce qui concerne les investissements, il existe plein de sociétés intéressées par l'Europe. Dans le département de kagawa, il y relativement peu d'industries mais la tentative de rapprochement avec la région Rhône Alpes sur le projet de design d'ameublement aurait pu très bien marcher. Je considère que l'abandon de ce projet a pour cause première des problèmes psychologiques ; les japonais ne savaient pas où ils allaient car ils avaient une connaissance très parcellaire de la scène design à l'international. Par ailleurs, pour que des japonais s'installent à l'étranger, la recommandation doit venir d'autres japonais. La meilleure chose à faire est donc de passer par des organismes comme le Jetro Paris ou Lyon qui sont habitués à travailler avec des interlocuteurs français.



  • Depuis combien de temps connaissez vous le réseau DEB, vos remarques sur l'initiative, le projet ?


J'ai découvert le réseau de façon un peu détournée. L'an dernier j'ai été contacté par Stéphane Péan qui créait une association de bretons au Japon. C'est par son intermédiaire que j'ai découvert l'Institut de Locarn. Je ne connaissais pas du tout l'institut, depuis j'en ai entendu parlé dans les journaux, entre autres au moment de la Breizh Touch ! Je pense qu'il est important d'avoir un acteur qui assure une mission qu'aucun autre ne réalise. La diaspora peut aider la Bretagne à trouver des diversifications qui dépassent ou complètent l'activité touristique.


L'approche de la Diaspora Economique Bretonne et de bzhnetwork est porteur de synergies. Je n'ai pas envie de quitter le japon mais si on m'en donne l'occasion, je souhaiterai pouvoir contribuer au développement de la Bretagne.


  • A quoi avez vous pensez lorsque vous avez découvert cette initiative ?

L'initiative est intéressante et ardue. Lorsque je travaillais avec le Jetro, j'ai réalisé les difficultés liées à la mise en place de ce type de réseau. Comment mettre des personnes à la même table, comment les faire travailler ensemble ? L'intermédiaire que j'étais devait servir d'interprète mais aussi devait trouver et mettre en forme des "prises" pour que les partenaires puissent créer sur des bases communes bien comprises.


  • Que pensez vous pouvoir apporter (expertise, relation...) Quel temps pouvez vous y consacrer ?



En termes pratique, mes compétences de base sont la traduction et la communication avec des clients japonais. Nous pouvons devenir intermédiaires très rapidement et de façon très efficace par mel ou même par téléphone.


Nous travaillons en collaboration avec d'autres professionnels spécialisés dans d'autres domaines. Nous avons mis plusieurs années à constituer un réseau de personnes et d'entreprises de confiance qui collaborent avec nous pour des solutions complexes. Que ce soit pour Kagawa ou pour la Bretagne, nous sommes ouverts à toutes les propositions.


  • Merci jean-Christophe, A très bientôt.



retrouver Jean-Cristophe, K.K. Doublet. :

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