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Entretien avec Thibaud Le Seguillon Entretien avec Thibaud Le Seguillon

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Submitted by LE BAYON Simon. on 25-11-2008 00:00. AmériquesAsieInformatique - TicInterviewsNBICSciences & techniques
Vice President, Computer-Consumer-Communications at Parlex Corporation, Shanghai, Chine


  • Bonjour Thibaud, pouvez-vous nous présenter votre parcours ?


 Bien sûr, je possède une double compétence à la fois en électronique et en management avec un MBA international. tleseguillon

Directement après la fin de mes études je suis parti à Chicago pour monter la filiale d'une société française d'électronique. Ma mission a débuté dans le cadre d'un VIE, elle devait durer dix huit mois et finalement j'y suis resté dix sept ans.

Monter une filiale comme première expérience, c'est une superbe et difficile aventure. La société en question était ce qu'on appelle "une petite société de haute technologie" spécialisée dans l'interconnexion électronique et originaire de la Marne.

Nous venions pour vendre, mais il a fallu rapidement adapter le marketing, puis faire de l'ingénierie pour nos clients locaux. Donc au bout de 6 ans, nous avions une ligne complète de production sur place. Cela permet d'appuyer notre engagement local et surtout d'obtenir des séries de pré-production en petite quantité très rapidement.

Comme la société s'est bien développée, nous avons rapidement été attaché au tissu économique Français à Chicago. On était "la petite société de haute technologie Française qui marche bien aux USA". Donc à chaque visite officielle nous étions mis à contribution pour les tables rondes, les visites ... Cela m'a permis de voir comment ça se passait au niveau des organisations telle que la Chambre de Commerce Franco-Américaine, le Consulat, les CCE et les Missions Economiques.


A la fin des années 90, nous avons fait une tentative de joint-venture avec un concurrent. La joint-venture ne s'est pas faite mais j'ai eu une belle proposition de poste. J'ai donc déménagé à Boston pour prendre la direction d'une usine du groupe Parlex. Trois ans plus tard j'étais responsable de toutes les opérations Amérique du Nord avec trois usines aux USA et une au Mexique.


La société était quotée en bourse au Nasdaq, cela change complètement les relations avec les investisseurs et le marché. A partir de ce moment là j'ai travaillé en étroite collaboration avec le CEO et le CFO. En quelques années je suis passé de "la petite société française" à mille deux cents personnes sous ma responsabilité, cinq sites, des relations Américano-Mexicaines et des technologies nouvelles à gérer...  un défi extraordinaire.
 parlex


En 2005, nous avons été la cible d'une OPA amicale par un très grand groupe de Hong-Kong. La société a été réorganisée par marché (alors que nous étions organisés par opération). Je suis devenu responsable du marché Computer, Consummer, Communication. Au début je passais deux semaines à Shanghai toutes les six semaines. Nous avons decidé, en famille de quitter Boston pour nous installer a Shanghai mi-2006.


Là encore il s'agissait d'un nouveau challenge. Passer des USA à la Chine demande une forte capacité d'adaptation. Les méthodes de travail, les modes de pensée n'ont rien a voir avec la "culture greco-latine".


Le groupe familial par lequel nous avons été rachété (Johnson Electric) est un des tycoons de Hong-Kong. C'est un groupe international mais qui reste attaché à un mode de gestion très familial. Le premier métier du groupe était la production de petits moteurs électriques (production de 3M d'unités par jour) mais aujourd'hui il est très diversifié. L'effectif est de 45 000 personnes pour un CA de 2Milliards de $. Notre société américaine, Parlex était la première d'une politique de diversification dans les marchés en croissance.

  • Quelle est votre activité aujourd'hui ?


Je suis responsable de deux Business Unit, qui recouvrent 65% du CA de la société.  La première gère les activités d'acquisition, nous ne faisons que des produits à façon. Chaque produit est unique et c'est énormément de travail d'ingénierie et d'échanges avec nos clients pour développer et finaliser les spécifications de leurs produits.

La seconde BU fait passer les affaires en production et en gestion technique.

Le coeur de notre activité est les circuits imprimés flexibles qu'on retrouve entre autres dans tout les produits électroniques petits et légers (ordinateurs portables, téléphones, terminaux de paiement....). Nous travaillons par exemple avec les fabricants d'imprimantes jets d'encre (sauf les deux japonais), dans le secteur des cartes à puces, l'automobile, les produits blancs ... En ce moment il y a beaucoup d'activité pour les écrans plats flexibles. Je pense que parmi les trois grosses startup de ce secteur une deviendra un acteur majeur de l'électronique mondiale.


  • Quels sont vos projets à moyen terme ?

Je suis arrivé à Shanghai récemment, donc je vais rester ici encore quelques années même si ce n'est pas tous les jours facile. C'est excessivement frustrant d'arriver dans un pays dont on ne connait pas la langue. Sinon il y à quelques désagréments, communs aux grandes métropoles : pollution, embouteillage, bruit , poussière... Mais c'est une ville cosmopolite riche en terme de loisirs et d'activités. Vivre à Shanghai vous apporte des facilités, le cout du personnel et de la main d'oeuvre est très faible. Enfin d'un point de vue professionnel Shanghai reste le centre du monde pour l'électronique.


Agrandir le plan




  • Connaissez-vous depuis longtemps le réseau DEB, qu'en pensez-vous ?

J'ai rencontré l'ancien président de ce qu'il s'appelait alors la MIRCEB, il y à une vingtaine d'année à Angers. J'avais été recommandé par mon directeur d'école. C'était mon premier contact avec l'organisation internationale bretonne et j'en garde vraiment un très bon souvenir.

Je pense que plus on part loin et longtemps plus on a besoin de raçines et d'attaches fortes. Cela permet de se sentir bien. Quand on va à l'étranger, il faut se reconstruire un réseau sur place et plus on a des réseaux riches et plus c'est facile de se reconstruire, de reprendre ses marques dans un nouvel environnement. Sur ce point, Locarn allie l'utile et l'agréable. Les réseaux précédents permettent toujours d'avoir des réponses sur place. Au cours de ma carrière j'ai reçu beaucoup de conseils de différentes personnes, surtout aux USA qui m'ont vraiment aidé et aujourd'hui je suis disposé à donner en retour. Une forme de rendu sur la génération suivante. Je suis donc prêt à partager mon expérience, donner des conseils ou un avis ....

De plus c'est toujours enrichissant de voir des personnes en dehors de son microcosme professionnel. Toute industrie, comme l'électronique reste un peu fermée. Echanger et transmettre son expérience c'est l'opportunité d'ouvrir ses horizons. Ecouter les autres permet de repenser différemment ses problèmes et ça fait avancer dans sa réflexion.



  • Que conseilleriez-vous à des entrepreneurs Bretons ?

Je connais peu le marché économique Breton, et en Chine nos clients sont des grands groupes Américains et Européens. Aujourd'hui par exemple je travaille beaucoup avec des ingénieurs de Munich, je pense que les Bretons devraient pouvoir se vendre sur les secteurs porteurs tel que les télécoms.

Par contre, je dirais que le problème des sociétés Françaises et Bretonnes c'est qu'elles essayent toujours de vendre des produits trop bons. Aux USA on dit "just good enough". Le trop bon rend le produit trop couteux, et les clients ne sont pas toujours prêts à y mettre le prix dans un environnement concurrentiel. Peut être que le produit est le plus performant, mais bien souvent ça ne correspond pas aux besoins. Même si, sur le papier le produit est bien meilleur souvent les clients ne recherchent pas toutes ces fonctions supplémentaires et c'est un problème générique dans les start-up Françaises. J'essaye d'expliquer cela par le fait  que bien souvent  le fondateur de la société est l'ingénieur. Il n'arrive pas à donner les clés de la boite à quelqu'un qui fait du business. Bill gates a été CEO de Microsoft mais ne l'ai pas resté. Il s'agit vraiment de deux fonctions différentes et bien souvent les boites françaises n'arrivent pas à passe la main à un autre Directeur Général.


  • Pouvez-vous identifier des investisseurs étrangers potentiellement intéressés par la Bretagne ?

Clairement pour les investissements non, mais la Bretagne a des atouts avec ses ingénieurs. Si j'avais a créer ou racheter une société dans les télécoms la Bretagne serait un des trois ou quatre endroits ou j'investirais. Les autres étant Paris, le sud de l'Angleterre, et Munich



  • Etes-vous utilisateurs de systèmes de visioconférence ?

Oui, tout le temps. Mais les lieux d'échanges, la communication informelle dans le couloir, au café ... tout cela reste primordial pour créer les liens qui tissent une société. Les outils de communication à distance permettent d'apporter la flexibilité, on ne peut pas toujours être présent physiquement donc on a des alternatives. C'est courant aux USA qu'une personne ne participe pas systématiquement à toutes les réunions et assiste à distance.

J'utilise principalement les télé-conférences. Avec la visio, j'ai rarement été satisfait et puis je ne vois pas l'intérêt d'avoir la personne à l'écran si je peux l'avoir au téléphone. Donc on utilise beaucoup les systèmes de présentation par slide avec une "chatbox" au téléphone, c'est léger pratique et efficace...


  • Merci Thibaud, a très bientôt.


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